L’Europe, un rêve devenu désespoir pour Florentine !

L’Europe, un rêve devenu désespoir pour Florentine !

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source pixabay

Voici ce que me disaient les adeptes du périple en France pour poser sur ma langue le goût d’une vie merveilleuse au pays de l’Atlantique. Certaines férules de ce monde me partageaient sans cesse leur rêve certain avec passion, émotion et dévouement : la vie en Europe est plus vermeille qu’un paradis africain, la pauvreté est passagère, on gagne facilement de l’argent, on se soigne gratuitement, on mangue les purées savoureuses des blancs, on vit dans le confort des privilégiés sans jamais pousser des cris de douleur, le bonheur habite incessamment notre âme et ne la quitte jamais. Faisant ainsi de ce monde un chemin incontournable pour toute jeune fille de ma génération désireuse de s’offrir un bonheur permanent et rassurant en ce temps des tempêtes. Mais ce paradis aussi débordant de bonheur comme le chantent ses fanatiques, ne m’est jamais parvenu à l’esprit, puisque je le connaissais pas, et je ne me suis jamais posé de questions sur son existence : enfant à papa le bonheur m’était toujours servi sur un plateau d’or par ma famille : mon père étant directeur général d’une grande banque du pays et ma mère chef de société, je ne manquais de rien. Mes parents mettaient tout à ma disposition pour vivre aisément sans jamais me soucier du lendemain, encore moins d’une aventure de l’autre côté de l’Atlantique. Toute ma vie se bornait autour de ma famille mon pays et l’Afrique. L’existence concrète d’un monde meilleur m’échappait à l’esprit contrairement à ceux qui en avaient fait « parole d’évangile ». Pour moi, le peu que me donnaient mes parents était largement suffisant pour construire mon avenir au chevet de l’Afrique. Poursuivre mes études dans une université de la place, obtenir des diplômes nationaux, créer mon entreprise et me mettre au service de ma nation. L’Afrique aura plus besoin de moi que l’Europe. Voici ce que je me disais jusqu’au jour où la destinée en a décidé autrement.

Ce jour, je revenais de l’école, la joie au cœur, après avoir validé mon premier diplôme universitaire. Et mon père tout heureux comme moi me berça avec une chance de poursuivre mes études dans un pays prestigieux de l’Europe comme la France. Mais sachant que je n’étais pas férule de l’aventure en Europe, il passa par ma mère et mes frères pour me convaincre. Je leur fis déception pendant un assez long silence avant de me plier après des jours de négociation.

Un mois plus tard, je m’envole au pays de Marianne avec l’espoir de revenir hardiment servir ma nation et mon Afrique.
Une fois en France, je m’installe au nord du pays à la capitale. Paris et sa lumière m’ouvrent grandement les bras avec un sourire complice à l’image des champs Élysées, et de la tour Eiffel, ces beaux édifices qui me fascinaient au passage : hum…c’est vraiment beau ici hein, me disais-je ! je compris tout de suite que Paris n’avait rien avoir avec nos capitales Africaines amputées parfois de bels édifices. Cependant derrière ce beau paysage se cachait-il vraiment le bonheur dont rêvaient ces milliers de jeunes comme moi ? Seul l’avenir nous dira mieux !

Deux mois plus tard après avoir posé mes valises dans le XIIIe arrondissement au pied de mon université d’accueil, je pris l’habitude de passer du temps dans les rues, faire des magasins, m’épanouir comme eux, comme elles. Mais très vite, je pris conscience que je n’étais pas chez moi. Ici un simple bonjour dans la rue fait de vous une étrange personne : on se connaît ? Quand vous rentrer dans un bureau, des regards fileux accompagnent vos pas, on se pose des questions sur vous : C’est qui celle-là, d’où vient-elle ? Encore une autre profiteuse de la république ! Ces Africains ! Quand est-ce qu’ils partiront chez eux ? L’ambiance des rues était fortement taiseuse comme au sépulcre. Bon Dieu dans quel monde suis-je ? à l’université comme en cité j’avais du mal à me faire des amis, on préférait s’attacher à un ancien collègue du lycée que d’échanger avec une inconnue, l’étranger étant parfois perçu comme celui qui vient profiter du système. À la préfecture, monsieur le préfet ne cesse de vous angoisser avec sa longue liste de demande de titre. Assis dans un fauteuil moelleux il attend que vous lui justifier votre moyen d’existence : passeport, justificatif de domicile, certificat de scolarité, attestation d’hébergement ou d’ordre de virement bancaire, avis d’impôts, relevés de notes, ces documents qu’on ne finisse jamais de justifier. Et cela m’agaçait beaucoup, car dans mon pays je n’avais jamais été confronté à une telle réalité. Je me sentais opprimer, persécuter par un monde qui m’imposait un autre mode de vie. Je rencontrais l’échec d’année en année, le désarroi du jour au lendemain., ayant le sentiment d’être oubliée par Dieu. Car tout ce que je faisais échappait au succès. Jour et nuit mon âme ne cessait de pleurer ; condamnée à réussir au pays des blancs, je forge le destin sans jamais y arriver.

Aujourd’hui recroquevillée dans ma solitude, les larmes aux yeux, j’ai le sentiment de tout abandonner et retourner au pays. Mais si je retourne les mains vides mon père sera peiné de voir sa fille rentrer aussitôt. Et si je rente encore sans diplômes mon Afrique fera la détresse. Car elle compte sur moi pour bâtir sa demeure, l’éclairer de bonheur et de lueur. Cette lueur d’espoir que lui ont arrachée les vautours de l’outre-Atlantique depuis l’esclavage en passant par la colonisation jusqu’à l’accession chimérique aux indépendances. C’est pourquoi, j’ai décidé de me battre comme Femme, braver tous les obstacles, oublier le passé pour atteindre mes objectifs et faire de cette vie une aventure fructueuse, prometteuse et porteuse d’espoir, l’espoir pour mon Afrique qui attend toujours le retour de sa fille. Moi c’est Florentine de Bingue, une jeune Togolaise venue tenter sa chance dans le ventre de l’Atlantique.

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