LES PEINES DE MA RUE

LES PEINES DE MA RUE

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 « Partir de chez-soi   un jour sans compter les années. Oui partir dans la souffrance le cœur   incessamment angoissé, pour revenir un jour heureux le visage comblé de bonheur. voici le rêve qui m’animait jusqu’à ce jour quand je quittait ma terre  pour une nébuleuse aventure au pays de Macron. Le fantasme d’une vie meilleure dans le Paradis d’Europe , la boussole de ma route ».   

Cette année-là , le pays revenait  d’une crise électorale ; qui m’a véritablement ruinée. Vendeuse de profession, mes commerces avaient été assiégés, pillés  et vandalisés par des hommes en armes. Au lendemain de la crise, j’ai multiplié mes pas devant les autorités publiques sans jamais obtenir gain de cause. L’aventure en Europe me resta la seule option pour reprendre ma vie et m’occuper de mes enfants.  En décembre 2014, sous un soir de lune, munie d’un sac posé sur la tête j’ai pris la route  de l’Europe  en sourdine sans dire au revoir à mes enfants . je ne voulais pas leur faire de la peine, mes larmes de mère étaient beaucoup trop fragiles pour   contempler leurs faces.

   Après une semaine de course effrénée  de   village à village en passant par le désert ,  j’arrive enfin en Lybie, celle de l’après-guerre encore fragilisée par les tensions ; des groupes armés s’affrontaient incessamment en longueur de journées.  Le guide qui  m’emmenait me confia à une famille d’accueil où je resterai pendant deux semaines avant la traversée en mer.

SOURCE PIXABAY

Deux semaines plus tard, après  l’épineuse traversée de la méditerranée  je pus rentrer en Italie ,puis en France  chez ma tutrice.  C’était Nathalie, une dame de mon âge qui a accepté de m’héberger   chez elle pendant une durée normale.  Avant de venir en France , Nathalie et moi avions conclu que je resterai chez elle pendant un an en attendant de régulariser ma situation.  Mais au bout de deux mois elle retourna sa veste contre moi. Nathalie exigea que je lui paie  le loyer  chaque fin de mois  . Chose impossible, car sans papier je  ne pouvais travailler.  je fus surprise de cette attitude. Espérant  la ramener à la raison je lui fais même la promesse   de l’épauler dans ses dépenses quand je commencerai à travailler . Elle persista sur sa position, me menaçant d’appeler la police si je ne quittais pas sa maison. Prise au piège je me suis incliné devant elle de peur que la police me rapatrie au pays. Ehéé mon Dieu ! Que faire ?  N’ayant pas de choix, je fis deux jours à l’hôtel avant de finir dans la rue comme les oubliés de la république. C’’était le début de mes peines dans le ventre de l’atlantique.

Un soir d’hiver, après de longue vadrouille dans les ruelles, je frottais mon corps contre un chauffage public. Deux blackettes vinrent à ma rencontre. Et après leur avoir partagé ma détresse, elles m’ont proposé de résider avec elles, mais à une condition : que je fasse le même boulot qu’elles.  C’est-à-dire Vendre mon corps pour survivre . Mais ma religion et ma   conscience de  mère m’empêchaient de faire un tel métier.-Et mes enfants ! que vont-ils penser de moi , quand ils apprendront que leur mère se fait des hommes moyennant de l’argent.

Aujourd’hui condamnée à la rue , je vie l’enfer dans le  paradis d’Europe  en  espérant qu’ un jour, un homme m’emmènera à la maison pour étancher ma souffrance .

Je m’appelle Vanessa Fassoco , et je suis ivoirienne d’origine . Si vous voyez mes enfants dites-leur que leur mère partit  chercher leur avenir est devenue sans abri au pays des blancs

les enfants de VANESSA / source pixabay

La vie des sans papiers en Europe , un véritable cauchemar 

Le récit de notre chère Vanessa n’est ni la première ni la dernière histoire  des périples de l’aventure au pays de De Gaulle. Comme elle et pire encore, nombreuses sont nos sœurs  ivoiriennes, maliennes,  sénégalaises, camerounaises.. qui sacrifient  une part de leur vie  pour emprunter les routes de l’Europe dans l’espoir de décrocher un avenir meilleur. Partout dans les capitales  Européennes , on rencontre  ces mères africaines désenchantées de l’enfer  que leur offre le paradis d’Europe .

Au pays , Vanessa FASSOCO  est mère de deux enfants. Ses enfants auxquels  elle a donnés  l’espoir d’une vie meilleure attendent toujours  le retour de leur mère avec   les mains chargées d’espoir.

 

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