LA SOLITUDE LE PLAT QUOTIDIEN DE L’ÉTUDIANT ÉTRANGER

LA SOLITUDE LE PLAT QUOTIDIEN DE L’ÉTUDIANT ÉTRANGER

648
0
* Les articles de cette rubrique sont uniquement les idées des contributeurs.
PARTAGER

Sékou Konaté adore voyager, planer dans l’univers, aller à  la rencontre de l’inconnu voici son rêve. Depuis sa tendre enfance, il rêvait de partir en Europe, rencontrer  des amis blancs, noirs comme chinois avec qui sympathiser et tisser des liens d’humanisme.  L’envie de connaitre l’autre, découvrir sa culture, sa civilisation et son mode de vie lui montait fortement la tête.

 

La BU de la fac de droit de l’université de Toulon/rimanvan

En 2015, Sékou décroche son baccalauréat avec mention très bien. Il fait parti des meilleurs élèves de l’année. Ses parents contents de ses résultats l’envoient dans un pays de l’Europe occidentale continuer ses études, c’est la France de Marianne.  Le jeune étudiant s’installe alors  au sud du pays, à l’université de Toulon pour suivre les études de droit. Son ambition décrocher un master en droit  de la banque, puis retourner dans son pays, là où l’attendait un poste prometteur de  conseiller juridique. Mais quelques mois plus tard   Sékou découvre un monde tout autre que celui dans lequel il a grandi.

 

« …A l’université  Sékou  a du mal à se faire des amis… »

 

La fac de droit de l’université de Toulon: rimanvan

Trois mois après son  arrivé, notre jeune frère  gagne du mal à s’intégrer ;  à la fac, la vie est tout sauf cordiale : les uns passent inaperçus devant les autres,  pas question de s’adresser aux inconnus, on ne parle qu’aux vieux  copains du lycée, difficile de rencontrer l’autre, lui parler, et même oser lui adresser des lettres d’amour, le repli sur soi est plus fort que l’âme solitaire enchainée dans les laisses de la solitude. Dans les enseignes de l’université on ne rencontre que ces  quelques groupuscules  d’étudiants internationaux  qui forcent l’amitié. On se parle entre amis, entre nationaux ou étrangers. Ici c’est chacun pour soi et Dieu pour tous ; Dieu ce sont les amphithéâtres et les salles de TD  qui nous regroupent autour des professeurs  pour les cours.  A la pause café  on a peu de chance  de  faire connaissance, discuter sans jamais s’échanger les contacts : salut moi c’est…et toi ? Et c’est tout. Mais une fois  dehors l’amitié s’éteint devant les portes de l’université, pas question de discuter on ne se connait pas assez ! Que c’est dur de s’intégrer.   Sékou est confus, ce jeune  gracieux  habitué à la chaleur humaine est  étouffé de cet enfer que lui offre le paradis de la fac.

 

« …Sur la route de la maison il est toujours seul… »

rimanvan

Tous les jours à la fin des cours, c’est le même rituel, Sékou arpente tout  seul la route de la  maison, tête baissée et sans compagnon, difficile de rencontrer quelqu’un avec qui échanger, discuter des avatars de la journée. Dans  le bus, le silence est plus taiseux  que  jamais, seuls les regards fatidiques se croisent, discutent entre eux, échangent et apprennent à se connaitre. Mais,  pas un seul mot au bout des lèvres jusqu’au terminus,  c’est l’arrêt il faut descendre, encore une nuit de solitude sans les autres ! Une fois à la maison, il se retrouve seul sans compagnon, sauf  la télévision,  le téléphone potable ou l’ordinateur, un coup de pousse sur  le clavier suffit largement  et c’est partir pour une longue soirée de chatte  avec les amis  sur facebook, whatsapp… au bout du monde.

 

« …au campus Sékou peine  à côtoyer ses  voisins … »

En cité universitaire difficile pour lui de s’attacher   aux autres, ils sont tout le temps partis  entre amis, copains ou  copines, malheurs à ceux qui n’ont aucun groupe. Encore difficile de parler au voisin, après les cours chacun s’enferme dans sa chambrette, on écoute la musique et on ignore les autres, de toutes les façons chacun est libre de ses choix, on est venu en détail. Or dans sa Côte d’ivoire natale, l’ambiance de la fac est tout sauf dégoutante, certes chacun connait sa place, mais à coté de soi on fait toujours de la place pour les autres, la première famille ce sont les amis, les copains avec qui on passe beaucoup de temps dans le divertissement comme dans le travail, difficile de s’ennuyer car on trouve toujours quelqu’un pour nous arracher le sourire et faire briller notre journée. L’univers est plein d’âme généreuse. L’inconnu n’existe pas, on est tous frères et sœurs, amis et amours, c’est la devise. Dans sa vie d’étudiant, Sékou a  du mal à retrouver ses repaires, pour combler l’absence des autres il passe plus de temps au téléphone avec  ses parents : hallo mahan , I kakinnin woua ? Fatoumata bêmi ? Eh Fatou abêdji ? Il veut parler à tout le monde, juste pour combler ce vide.

 

« …La solitude de l’étudiant étranger est bel et bien une réalité en France… »

pixabay

Cette histoire n’est ni la première ni la dernière elle fait partie du quotidien des étudiants étrangers. Elle m’a été confiée par un ami ivoirien à qui j’ai adressé quelque mot d’amitié quelque part dans une impasse Toulonnaise. Je me demande qu’est ce qu’il a pu bien faire pour se retrouver jusqu’à ce jour sans ami ; quelqu’un avec qui discuter! Comme me disait Simone Yao étudiante en Master 2 droit et gestion des collectivités territoriales : « en bingue fais-toi des amis sinon ta bouche va sentir ». De même une autre amie étudiante (Leila)  italienne  m’a confié aussi sa peine à trouver des gens avec qui échanger et passer du bon temps à la fac comme en dehors de l’université : « ici, me disait-elle,  j’ai comme impression que la crainte de l’autre a pris le dessus sur l’humanisme, on préfère être ami avec la solitude qu’avec les hommes.»

Et pourtant, la fac est faite pour tous, si le hasard de la vie a permis que nous nous y retrouvions tous, c’est pour qu’on puisse  apprendre à se connaitre, à discuter et s’échanger des idées pour faire avancer notre monde et se construire un bel avenir. Alors un peu d’ouverture   n’enlève rien aux notes. Soyons simplement humanistes et ouverts aux autres pour mieux avancer.

LAISSER UN COMMENTAIRE