La célibattante ou l’indépendance sans liberté

La célibattante ou l’indépendance sans liberté

813
PARTAGER

De plus en plus de jeunes femmes clament haut et fort qu’elles sont des filles modernes qui s’assument. Elles sont indépendantes et veulent rompre avec les codes moraux imposés jusque là par nos sociétés, tel que la pression au mariage. Pourtant chose contradictoire, elles sont aussi les premières à s’enfermer dans des principes tel que le célibat. Peut-on réellement parler d’indépendance si pour combattre les codes anciens, il faut s’engouffrer dans d’autres ?

Si on peut constater que l’autonomie financière dont disposent plusieurs femmes, aide à surpasser certaines mentalités réductrices africaines, on ne peut pas réellement parler de liberté.

Une autonomie financière source de l’indépendance de la femme

La société africaine a eu beaucoup de mal à comprendre l’égalité des droits hommes/femmes tant elle est intérieurement phallocrate. Mais sous l’impulsion des Nations Unies et les différentes chartes des droits de l’homme, les choses ont beaucoup évolué concernant la condition et le statut de la femme en Afrique. Aujourd’hui elle peut légalement accéder au marché du travail et fonder ses start-up. Selon les derniers chiffres de l’ONU, les femmes dirigent 42% des micro-entreprises en Afrique. On constate une progression et elle est financière. L’autonomie financière d’une femme lui permet de ne plus courber l’échine face à un homme pour s’occuper de ses enfants ou financer ses loisirs. Sa vie, son avenir ne dépendent plus d’une autre personne car elle peut décider seule pour elle-même. Certes, il reste du chemin à parcourir et il ne faut jamais baisser les bras dans la quête de l’égalité entre hommes et femmes dans le domaine économique.

Toutefois l’indépendance économique ne suffit pas à atteindre l’émancipation totale de la femme. Les pressions sociales dirigées contre elle, l’obligeant au mariage, à vivre une vie de foyer par exemple restent toujours fortes. A certains endroits, on pense que la femme n’est bonne qu’à être une épouse dévouée aux tâches ménagères, à l’entretien de son mari et des enfants. Cependant on peut constater que la femme indépendante (financièrement émancipée) transgresse ces codes moraux. Elle refuse de se faire dicter sa conduite et son avenir. Alors elle se sert de son assise financière pour lutter contre ces pressions car elle n’attend rien de personne. Elle choisit librement le rôle qu’elle veut jouer en société.

Le problème, c’est qu’après avoir refuser de se soumettre à l’idée actuelle réductrice de la femme africaine, elle va créer une autre et s’y enfermer. De l’obligation au mariage, elle est passée au culte du célibat.

La fixation sur le célibat

Le célibat est le nouveau code de ces jeunes femmes « cool » appelées Célibattantes. Le concept est totalement opposé avec l’image d’une femme seule qui se bat pour survivre. Car en réalité, le véritable message renvoyé est de « On est célibataires, mais on s’en fout car on est financièrement indépendantes. ». Leur assise financière leur permet d’affirmer qu’elles n’ont pas besoin d’homme. D’ailleurs, un webzine spécialisé « Célibattante » en est né comme pour crier « Nous sommes célib-et-fières ». Perchées sur des talons de 25cm, et le visage peint en couleur nzassa, elles sont prêtes à vanter, applaudir leur non-besoin d’homme et louer les bienfaits du célibat.  Ainsi, la femme célibataire victime de pression au mariage, devient une célibataire ENDURCIE, fière de l’être aux allures de femmes fatales.

Dans cette situation, elle s’enferme. En vrai, proclamer sa fierté du célibat sur tous les toits est sans doute le meilleur moyen d’y rester longtemps encore. Car qui perdrait son temps à être avec une femme fière de vivre dans la solitude ? Personne. Le couple étant le lieu où chacun a besoin de la présence de l’autre, un lieu de partage.

C’est là où l’indépendance financière devient liberticide. Au lieu de servir la liberté, elles s’en ont servi pour se maintenir dans l’asservissement des codes. En comparaison, les hommes célibataires ne s’inscriront pas dans un mouvement de célibattant et crier « célib-et-fiers » quelque soit la pression subie à l’âge adulte. Car oui, contrairement à l’idée reçue, les hommes sont aussi des victimes de la pression au mariage et au foyer. Ils ignorent cette pression simplement et choisissent librement le moment de leur relation sérieuse ou pas. En vrai, les hommes sont libres car la liberté c’est ne pas s’enfermer. Contrairement aux célibattantes !

PS : En tout cas, ma sœur africaine, ne suis pas leur mode là, ton intérêt n’est pas là bas. On se connaît.

PARTAGER
Originaire de Côte d'Ivoire, Cédric est intéressé par les faits de société (habitude, coutume ou tradition) qui font obstacle à l'évolution des mentalités en Afrique. Fervent défenseur des droits de l'homme, il prend toujours parti pour les minorités et les plus faibles. Pour lui, changer l'Afrique recommande que l'on tape sur ses propres doigts et marche sur ses propres orteils. Il donne son point de vue (souvent avec sarcasme) sur bttvillage.com et est ouvert à toute remarque.

LAISSER UN COMMENTAIRE